PORQUOI LES ÉMOTION BLOQUENT T'ELLE ?  

Une fois comprises les étapes présentées dans l’article précédent concernant l’accueil des émotions et leur traversée, il reste à les mettre en œuvre. Car les émotions devancent la réflexion. Sans apprendre à les traverser, on est en permanence ballotté par elles.  


 

Il arrive qu'à cette phase vous n'arriviez pas à aller au terme de la résolution de l’émotion. Vous pouvez vivre ce freinage comme un échec.

 

Ce processus est la marque d’une résistance. 

Qu’est-ce qui crée cette résistance, pourquoi avons-nous tant de mal à changer ?  

Pourquoi avons-nous toujours tendance à répéter les mêmes comportements face aux situations que nous vivons ? 

 

Je vous propose d'explorer les mécanismes principaux pour vous aider dans votre cheminement.

Dans ce but, il me paraît intéressant de commencer par expliquer ce processus de résistance que tout processus de changement implique, vous aborderez plus sereinement cette étape.

Qu'est-ce qu'un mécanisme de défense ?

Il s'agit d’un mécanisme psychologique inconscient qui vise à échapper ou à réduire des tensions psychiques, : conflit interne, angoisse, peur etc.

Ce mécanisme est une protection mais il est aussi une prison nous barrant le chemin vers nous-même. Ce qui nous pose réellement problème reste caché.

Nous fonctionnons tous avec des mécanismes de défense et ils sont d’ailleurs indispensables pour notre fonctionnement psychique. Ils maintiennent notre équilibre intérieur.

Nous les utilisons de façon inconsciente. Notre organisme s'oriente naturellement vers ce qui nous donne le plus de plaisir. Il est nécessaire de comprendre leur fonctionnement afin d’éviter qu’ils ne se maintiennent et se cristallisent en produisant des conduites addictives : telles que regarder son portable de façon compulsive, être dans la rumination, le tabac, l'alcool, se mettre dans une bulle et rêvasser etc.

Des mécanismes de défense trop rigides empêchent l’évolution harmonieuse de la personnalité.

Comment traverser une émotion ?

Pour traverser une émotion, il faut l'accueillir, être présent à elle.

Quand j'accompagne une personne, je propose de passer par quatre étapes :

1) Accueillir les sensations

2) Reconnaître l'émotion

3) Prendre la responsabilité de son ressenti et de son émotion

4) Découvrir le besoin derrière son émotion

Remarque : parfois les étapes 1 et 2 s’intervertissent, c’est sans importance pour la résolution de l'émotion

1) Accueillir les sensations

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Jeu de cartes : L’univers des sensations

Lorsqu'une émotion se manifeste, elle s'accompagne de sensations corporelles, de différentes formes et selon des intensités variables modulées par notre expérience.

Exemple : une boule au ventre, des fourmillements, des tremblements, des picotements etc. Nos sensations nous informent sur ce qu'il se passe en nous. Pour cette étape nous laissons le mental de côté un instant et nous nous en remettons à notre intelligence corporelle. Il faut porter son attention sur les sensations physiques de son corps et les laisser évoluer sans intervenir.

Les questions qui aident grandement :

Comment cela se manifeste-t-il en moi ?

Qu’est-ce que je ressens dans mon corps ?

Qu’est-ce que ça fait dans mon corps ?

Au fur et à mesure de son écoute intérieure, l'émotion s’apaise naturellement. Pour reprendre l’image de la vague, il ne faut pas chercher à calmer l’émotion mais la laisser s’amplifier avant qu’elle ne s’estompe doucement.

Remarque : Cette phase demande de l'assurance et de la confiance pour aller à son terme. Nos sensations étant parfois désagréables, un réflexe de se couper de son ressenti peut se manifester. L'émotion reste alors bloquée en nous. Elle peut générer du stress, de l'angoisse, de l’inconfort ; ce qui ne s'exprime pas va s'imprimer dans le corps et gêner le quotidien.

Accepter son émotion et les sensations qui y sont liées c'est un peu comme sauter dans un puits sans voir le fond et craindre une chute avec une sensation d’impuissance, c'est effrayant. D'autant qu'en plus de l’idée de sombrer ou d’être englouti, durant cette phase les sensations corporelles sont exacerbées. La tentation de reculer peut s'activer. Cette peur fondamentale de survie, une fois acceptée, fait immédiatement atteindre le fond du puits.

On réalise que c’était un leurre du mental et alors les sensations désagréables s'estompent pour laisser place à une libération.

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2) Reconnaitre l’émotion

Cette étape consiste à relier nos sensations corporelles à notre émotion.

Pour acquérir le langage émotionnel, il est nécessaire d’apprendre à régler sa radio interne sur la bonne fréquence pour la décoder. Acquérir les bons mots pour nommer ces émotions permet de préciser ce que l’on ressent, d’y mettre du sens. Il s’agit d’une étape particulièrement puissante pour clarifier son état intérieur, mieux se comprendre et mieux se faire comprendre. Cela permet également d’atténuer son effet, de la réguler parce qu’elle est reconnue. Ainsi notre état intérieur devient accessible et compréhensible.

Il existe suivant les courants de 4 à 6 émotions de base universelles dont on peut repérer les expressions faciales chez tous les peuples humains : peur, tristesse, colère, joie, outre la surprise et le dégoût. Ces émotions ont toutes un rôle et une fonction :

- La joie : Elle exprime une satisfaction qui se caractérise par un sentiment de plénitude.

Sa fonction : Elle sert de moteur à l'envie de vivre et de progresser.

- La colère : Cette émotion traduit une insatisfaction, une injustice ou une atteinte de l’intégrité.

Sa fonction : Elle sert à pauser ses limites et à chasser l'intrus. Elle est la garante du respect de soi (se faire respecter).

- La tritesse : Cette émotion alerte sur une perte, un manque.

Sa fonction : Elle permet un travail de réparation. Elle est une transition vers un nouvel état plus agréable.

- La peur : C'est une émotion d'anticipation. Elle nous informe d'un danger potentiel.

Sa fonction : Quand la situation présente un danger ou quand elle est nouvelle, la peur nous invite à mettre en place notre protection. Dans ce cas la peur nous indique que nous sommes insuffisamment préparés pour l’affronter.  Nous devons mieux nous informer et nous entraîner.

Pour apprendre à reconnaître les émotions, de nombreux outils existent, il y en a un que j'affectionne particulièrement : le langage des émotions. C'est un outil construit autour de 60 cartes qui représentent chacune des émotions au travers d’un petit personnage. Le jeu permet aux adultes et aux enfants, d'observer l’émotion de l’extérieur, de voir l’expression du visage et le comportement non-verbal, de saisir ses propres émotions et celles de l'autre dans toutes leurs nuances, sans jugement et découvrir les mots qui leur sont associés.

Remarque : Une émotion est une expression juste de notre état intérieur, les expressions « positives » ou « négatives » sont à éviter car elles risquent de renforcer les conduites d’évitement émotionnel, de créer d’autres émotions du type culpabilité, honte, etc.

Bien sûr, elles peuvent être agréables ou désagréables, voire douloureuses.

Mais désagréables ne signifie pas négatives. Bien au contraire !

Les émotions sont un signal d'alarme à considérer afin que l'inconscient n'augmente pas l’intensité de celui-ci jusqu'à l'excès. En s’autorisant à éprouver nos émotions, on n’a plus besoin de se protéger, de se montrer fort, on l'est réellement de l’intérieur.
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Cartes

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3) La prise de responsabilité de son ressenti et de son émotion

Lorsqu'on vit un malaise émotionnel, une tendance quasi irrépressible nous pousse à rendre l'autre responsable de cet inconfort.

Exemple : "tu m'as mis en colère, c'est de ta faute si je suis triste. Tu m’as fait mal !’’

Chercher des raisons, des prétextes à l'extérieur, c’est maintenir l’émotion bloquée en soi, c'est demander à une personne extérieure de prendre en charge un processus qui se passe à l'intérieur de soi et qui inévitablement conduit à une impasse.

Prendre la responsabilité de son ressenti, c'est faire le choix de s’approprier ce mouvement émotionnel né à l'intérieur de soi et d’y rester attentif tout au long du processus.

La situation est un déclencheur mais pas la cause de notre émotion qui elle provient de notre sensibilité, de notre état du moment (fatigue par exemple), de notre propre histoire personnelle.

La cause provient d'un besoin satisfait ou insatisfait.

La cause des émotions se trouve donc bien à l'intérieur de nous et notre façon d'y réagir ou de considérer les événements nous appartient.

Traitement de l'information - Complet.jp

Dans : Emotions, enquête et mode d’emploi, Art Mella donne l'exemple de trois colocataires qui pour une même situation (des chaussettes qui traînent sur le canapé) réagissent différemment :

- le premier se met en colère et veut vigoureusement que le responsable change de comportement.

- le second rigole en voyant ça.

- quant au troisième, il les ramasse en sifflotant.

Elle pointe ainsi du doigt que ce n’est pas la situation qui cause l’émotion mais plutôt comment est traitée l’information en nous. Cette prise de conscience est capitale, elle signifie que nous pouvons changer les choses, nous ne sommes pas contraints de reproduire continuellement les mêmes réponses émotionnelles.

4) Besoin ou message derrière l’émotion

Pour avancer dans la vie j'ai tout intérêt à considérer mes émotions comme des signaux à accueillir.

Elles me délivrent un message ou m'indiquent qu’un besoin est satisfait ou ne l’est pas.

Elles transmettent l’énergie au mouvement.

Dans cette phase, l'émotion se calme progressivement, les sensations physiques s'apaisent, son énergie est redirigée vers la satisfaction des besoins. On peut les prendre en charge pour retrouver son équilibre.

Exemples :

- La joie nous informe d’un état  de bien-être.

- La peur exprime par exemple un besoin de sécurité.

- La colère révèle un besoin de respect et/ou de considération.

- La tristesse exprime un besoin de réconfort.

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Références :

- Méthode TIPI de Luc Nicon
- Émotions : Enquête et mode d’emploi de Art Mella (tome 1)
- Bambou au pays des émotions, ouvrage collectif inspiré de la méthode de Thierry Vissac
- L’univers des sensations, le langage des émotions, l’expression des besoins (jeu de carte) de la FCPPF
- La roue des émotions, lautrementdit.net
- Crédit photo, la vague 1 : Blog de Bodo